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You Are Here: Home » European Union, Finance, French, News » Le Royaume-Uni déjà isolé bientôt désuni

L’expression ‘The City of London’ est souvent associée à la ville de Londres, voire au quartier des affaires situé au cœur de cette ville.
Que nenni, ‘The City of London’, c’est tout autre chose et depuis bien longtemps Messires et gentes dames.
En 1132, le Roi Henri Ier reconnu le statut de ‘county’ (comté) à la ‘City of London’. Un comté a ses frontières, ses propres dirigeants élus (le ‘Lord Mayor’, ses sheriffs, ses officiers) et ses propres règles. Avec le temps, les prérogatives de la « City » ne firent que croître. Vers la fin du 16e siècle, la ‘City’ devint, avec le support du Roi, le centre du commerce et de la finance du royaume. Les commerçants et les financiers occupent depuis le haut du pavé dans la ‘City’.

Royaume Uni

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La ‘City’ est toujours régie par des lois médiévales ayant échappé au ‘Municipal Reform Act’ de 1835. Elle a sa propre police, elle ne doit rendre de compte à quiconque (non sujette à la ‘Freedom of Information Law’ qui permet à tout citoyen britannique d’accéder à toute sorte d’informations sur leur gouvernement et organisations gouvernementales), le ‘Lord Mayor’ rend la justice pour les crimes commis dans la ‘City’ mais, et c’est impensable dans n’importe quel autre pays au monde, le ‘Lord Mayor’ peut interdire l’entrée dans la ’City’ à la Reine et au Parlement !
Si la ‘City’ n’est pas soumise à l’impôt du royaume, un de ses officiers ‘the Remembrancer’ est assis sur 3 milliards £ accumulés au cours de 8 siècles. Son rôle est de faire le lien entre la City, la Couronne et le Parlement. Il assume son rôle de lobbyiste de la ‘City’ (depuis 1571) directement au Parlement, où il a le droit de s’assoir en face du Président de la Chambre des Communes, pour défendre les intérêts de la ‘City’ par rapport à tout projet de loi.
La ‘City’, d’une superficie de 2,3 km² représente, à elle seule, plus de 10% du PIB du Royaume pour une population de 11.700 habitants et 330.000 travailleurs occupés dans ses immenses tours.

L’ancien premier ministre britannique Clement Adlee disait « The ‘City of London’, un terme pratique pour une collection d’intérêts financiers, est capable de s’imposer contre le gouvernement. Ceux qui contrôlent l’argent peuvent poursuivre des politiques, dans le pays et à l’étranger, qui sont contraires à ce qui a été décidé par le peuple ».
Eva Joly, procureur en France, disait : « La ‘City of London’ est un état dans l’état qui n’a jamais transmis le moindre bout de preuve utilisable à un magistrat étranger ».
Enfin Nicholas Shaxon, auteur du livre ‘Treasure Islands’ écrit que la situation exceptionnelle de la ‘City’ en fait l’un des plus grands paradis fiscaux du monde.
Ainsi informé, on comprend mieux que lors du sommet historique de décembre 2011, qui a décidé de l’avenir de l’Euroland et de l’Union européenne, que le premier Ministre britannique James Cameron n’a pas osé (lire : été autorisé à) mettre en cause les prébendes de la ‘City’ dans le cadre d’une plus grande harmonisation fiscale en Europe.
On comprend aussi que la Chancelière Merkel et le Président Sarkozy n’ont pas accepté les demandes de mesures d’exception réclamées en faveur de la ‘City’ par Monsieur Cameron.

Non seulement les 17 pays de l’Euroland ont voté en faveur du plan proposé mais 8 autres pays de l’U.E., non membres de l’Euroland, ont également approuvé ce texte, ultime vexation pour le représentant de la ‘City’, pardon du Royaume-Uni.
De retour dans son Royaume, Monsieur Cameron a été accueilli avec enthousiasme par les euro-septiques du pays mais aussi avec rage par les écossais et les habitants du Pays de Galles. Quant aux représentants de la ‘City’, ils ne se sont pas prononcés parce qu’ils n’ont pas encore évalué les conséquences pour leur ‘business’ de cette scission avérée entre l’ile et le continent. Ils se sentent de plus en plus menacés par les ambitions de la Chine (Hong Kong est devenu le premier centre financier mondial et Shanghai prétend jouer, dès 2012, un rôle majeur dans le marché de l’or et de l’argent), Wall Street qui mène le jeu à son avantage et les places européennes qui s’éloigneront de plus en plus de la ‘City’.

Si pour certains, Monsieur Cameron a eu raison de fuir un bateau qui coule, pour nombre d’autres, au Royaume-Uni et à l’étranger, sa décision est une ultime illustration de la collusion qui règne entre la ‘City’ et les politiques anglais qui lui doivent le financement de leur campagne.
Les écossais et les habitants du Pays de Galles majoritairement pro-européens voient leurs dirigeants s’insurger contre cette scission. L’Ecosse supporte de moins en moins la politique menée à Londres qui est très éloignée de ses intérêts. Les dirigeants écossais envisagent même, une fois un processus d’indépendance mis en route, d’adopter l’Euro.
La décision de Monsieur Cameron, lourde de conséquences, isole encore plus le Royaume de Sa Gracieuse Majesté et augmente les risques de scission internes. God save the Queen !
Roger Greden
17/12/2011

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